À propos

L’édition 2021

C’est enfin officiel : Superspectives est de retour cet été pour sa troisième édition, qui aura bel et bien lieu du 18 juin au 11 juillet, et toujours dans les magnifiques jardins de la Maison de Lorette à Lyon ! Nous sommes particulièrement soulagés et heureux de pouvoir vous l’annoncer, bien sûr, autant que nous sommes impatients désormais de pouvoir vous retrouver autour de cette nouvelle programmation, préparée dans la douleur et dans l’incertitude certes, mais avec un enthousiasme qui aura visiblement le dernier mot ! Comme on a décidément trop hâte de vous présenter les oeuvres et les artistes de cette troisième édition, on ne vous en voudra pas de sauter l’édito pour aller directement parcourir le programme.  

Un mot, néanmoins. On nous a beaucoup demandé ces derniers temps si nous avions retenu un thème pour cette troisième édition, si particulière c’est vrai. Comme on avait l’impression de décevoir à chaque fois en répondant sincèrement que non, on s’est mis à réfléchir un peu plus. Et c’est rétrospectivement, une fois seulement le travail terminé, comme cela arrive toujours, qu’on a pu identifier le fil directeur évident de notre programmation : c’est la question de notre rapport, toujours un peu problématique, au silence. Il y a le silence des opprimés à qui on ne donne jamais la parole et qui n’ont plus que les chants révolutionnaires pour se faire entendre (Frederic RzewskiThe Naked Truth) ; il y a le silence de ceux dont la voix, jadis familière, disparaît progressivement dans l’indifférence générale (S. Orlando et C. ZanésiÀ nos amis les insectes) ; il y a le silence des fous qu’on n’entend plus prophétiser la fin du monde derrière les murs de leur prison ou de nos mépris (Antoine BrunRequiem for The World) ; il y a le silence de toute cette musique restée empêchée ou qui s’est tue (Federico MompouMusica Callada) ; il y a comme chez Dominique Lawalrée, le silence propice à l’oraison, à l’écoute de celui qui est plus intime à moi-même que moi-même et dont la voix se confond avec le murmure du vent ou comme chez Hovhaness, le silence qui se transfigure en musique mystique sur la montagne mystérieuse ; et il y a encore à entendre le silence éloquent de tous ceux qui sont morts après avoir bien parlé et qui auraient pu nous dire encore bien des choses (Requiem pour Olivier Greif ; David LangDeath speaks). 

Au fond le festival idéal que nous nous souhaitons de devenir un jour se définirait moins par son intérêt pour telle ou telle musique que par son attachement fondamental à un certain type de silence, celui d’avant comme celui d’après la musique, celui qui présuppose et prolonge indéfiniment toutes nos plus belles émotions musicales. Au moment où nous avons tous envie de refaire la fête et d’aller au concert, voici donc ce que nous nous souhaitons par dessus tout : renouer grâce à la musique avec la possibilité d’un silence vraiment beau et joyeux, c’est-à-dire au fond avec la possibilité d’une intériorité pleinement habitable. Après une telle année, on peut bien se permettre d’emprunter au poète et mystique espagnol Saint Jean de La Croix ces deux vers qui auront tant inspiré Mompou et qui pourront nous servir de de devise pour cette troisième édition : « Musica callada, Soledad sonora ». Traduction très libre : que toute la musique empêchée mais aussi toute la musique retrouvée cet été puisse nourrir nos vies intérieures pour les rendre plus belles et plus sonores !

Sinon, comme on n’est pas non plus des ascètes, on ouvre cette année une discothèque sur la terrasse Nord de la Maison de Lorette, où vous pourrez bien évidemment retrouver le désormais célèbre bar éphémère de Superspectives avec la plus belle vue de Lyon. Une discothèque sur la terrasse nord ? En 2021 ? Oui mais ne vous emballez pas trop vite (ou plutôt ne partez pas tout de suite, c’est selon !) nous renouons avec le concept original de la discothèque (vous savez la jumelle musicale la bibliothèque) à savoir l’endroit où on range ses disques préférés. Comme l’année qui vient de passer nous a fait redécouvrir l’immense plaisir d’écouter et de réécouter des vinyles dans nos petits salons d’appartement et que vous nous avez terriblement manqué à ce moment-là, on s’est dit qu’il fallait fêter nos retrouvailles en proposant, en plus des concerts, des sessions d’écoute collectives de disques magnifiques. En complément de la programmation payante de la terrasse Sud, nous ouvrons donc cette année une programmation gratuite sur la terrasse Nord où vous pourrez profiter des nombreux épisodes de la Discothèque de Superspectives, des performances musicales live de Lionel Martin et d’Olivier Gailly, de spectacles de danse contemporaine, et vous pourrez aussi participer à quatre « listening parties ». L’idée : transformer l’interdiction des sets dansants et de la « musique debout » en liberté inespérée pour les DJs à qui on a demandé de vous partager enfin le mix mélomane de leur rêve, sans la pression d’avoir à vous faire danser. Et si vous dansez un peu, on ne dénoncera pas, promis !

Avant de vous laisser découvrir en détail la programmation de cette année, nous voulons adresser un immense merci à nos partenaires principaux. C’est seulement grâce à leur précieux soutien qu’il aura été possible d’organiser cette troisième édition tout au long d’une année si compliquée. Nous remercions en premier lieu les Oeuvres pontificales missionnaires, propriétaires de la Maison de Lorette, pour leur confiance indéfectible. Un grand merci à la Fondation Saint Irénée pour la qualité de leur accompagnement et enfin merci à la Ville de Lyonqui nous a encouragé par son soutien à poursuivre encore plus loin l’aventure de Superspectives, qui se développera dès cet automne avec de nouveaux projets !

Le festival 

En ouvrant une nouvelle scène à la création musicale contemporaine, Superspectives veut s’adresser au public le plus large, c’est-à-dire à tous les amateurs de musique qui sont aussi des curieux de leur temps.

La musique contemporaine que nous voulons mettre à l’honneur est résolument plurielle, ouverte à toutes les esthétiques et à tous les styles. C’est la musique qui joue sa définition dans un rapport au temps présent, qui ne cesse de susciter des styles, d’inventer des univers sonores et de faire émerger des genres, pour interroger la possibilité d’une résonance avec l’époque. Qu’elle trouve son vocabulaire dans le jazz, la musique classique, world ou électro, il y a musique contemporaine partout où s’expérimente un nouveau langage sonore, capable d’explorer musicalement notre temps et de nous rappeler l’heureuse urgence de l’interpréter ! 

Festival nouvelle génération, Superspectives s’adresse à tous les publics et en particulier aux jeunes mélomanes. Le festival s’engage à ouvrir un accès prioritaire à la scène aux jeunes musiciens et aux talents de la région, qui pourront partager l’affiche avec les plus grands noms de la musique d’aujourd’hui pour faire rayonner la scène musicale locale. Pour encourager l’engagement des jeunes musiciens dans la création contemporaine, le festival développe des relations privilégiées avec les principaux acteurs de la formation musicale lyonnaise (Conservatoire de région, Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, École nationale de musique de Villeurbanne). 

Superspectives

Superspectives est un projet culturel lyonnais né en 2018 d’une longue amitié et d’une idée simple : partager notre passion pour la musique, pour les arts, pour la philosophie – disons pour la création contemporaine en général – dans un lieu qui fasse davantage sens qu’un musée, un espace de conférence, une salle de concert ou tout cela réuni. Nous avons essayé de nous débrouiller à partir de cette évidence, qu’on pourrait restituer dans un syllogisme de ce genre : notre seul accès pertinent au monde est la culture (le travail, la pensée, l’art) ; notre seul accès pertinent (c’est-à-dire libre) à la culture implique la possibilité de se sentir « chez soi », avec d’autres, dans le travail, la pensée ou la création d’un autre ; il nous fallait donc trouver quelque chose comme une maison à occuper ensemble, où pourrait s’élaborer une expérience honnête de la culture!

Il nous fallait donc un lieu de travail et de création qui soit en-même temps un merveilleux lieu de détente et de rencontres. Un lieu réellement habité, non-neutre, mais qui soit en-même temps pleinement habitable, pour que chacun se sente véritablement accueilli et comme chez lui. Un lieu plein d’histoire mais qui jette en même temps une perspective inspirante sur le présent. Un lieu qui rappelle par lui-même que la finalité de la culture n’est pas tant le divertissement que l’épanouissement de ce qu’il y a de meilleur dans l’homme et qu’on peut appeler, au choix, liberté ou spiritualité. Côté pratique, il nous fallait aussi un lieu facilement accessible, central, mais dont la situation géographique indique en même temps la nécessité d’un pas de côté et d’une respiration. Bref, il nous fallait la Maison de Lorette !

La Maison de Lorette

Lieu de patrimoine exceptionnel inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, la Maison de Lorette fête cette année ses 500 ans ! Située au numéro 42 de la montée Saint Barthélémy au coeur de la colline de Fourvière, elle compte parmi ses charmes la beauté retrouvée de son architecture Renaissance, le calme privilégié de ses deux vastes terrasses et la qualité de son emplacement, au pied des jardins du Rosaire, qui offre une vue magnifique sur la ville. 

Construite en 1520 dans l’effervescence culturelle du XVIe siècle lyonnais pour accueillir penseurs et poètes, la Maison de Lorette gardera tout au long de son histoire la trace de cette date fondatrice, qui marque l’apogée de la culture humaniste chrétienne de la Renaissance, dont Lyon est une capitale. Quatre ans plus tôt, Thomas More en condensait avec génie les aspirations dans L’Utopie. Plus que l’invention d’un mot, c’est l’invention d’un nouveau genre de combat culturel, plus que jamais actuel : l’émancipation par la mise en œuvre d’une esthétique critique, en réveillant les forces de l’imagination politique et sociale !

En 1832, entre les deux révoltes des Canuts qui ouvrent la première crise européenne du capitalisme industriel, la maison de Lorette devient la propriété de Pauline Jaricot. Pionnière de la Doctrine sociale de l’Église, elle oeuvre toute sa vie pour donner à la charité chrétienne la forme d’un combat pour la justice sociale en inventant des modèles sociaux alternatifs. Elle crée aussi de nombreuses oeuvres spirituelles pour soutenir l’essor missionnaire de son temps, ouvrant ainsi la Maison aux quatre coins du monde !

La Maison est aujourd’hui la propriété des Oeuvres pontificales missionnaires (OPM), qui travaillent à faire vivre dans le monde entier l’héritage des missions à la suite de Pauline Jaricot. Elle est habitée par une communauté de quatre soeurs carmélites originaires du Congo qui accueillent tous les jours pèlerins et touristes venus découvrir la richesse du patrimoine de la maison et son musée. Premiers partenaires de Superspectives, les OPM nous ont permis d’ouvrir à tous les portes de la maison de Lorette pour faire vivre de manière originale son superbe héritage !