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Située au 42 de la montée Saint Barthélémy, au pied des jardins du Rosaire, la Maison de Lorette est un lieu emblématique de la ville. Construite en 1520 dans l’effervescence culturelle de la Renaissance, elle devient en 1832 la demeure de Pauline Jaricot et est aujourd’hui la propriété des Oeuvres Pontificales Missionnaires. Cette histoire singulière inscrit la Maison dans une triple identité spirituelle, culturelle et sociale.

La Maison de Lorette est d’abord la maison de Pauline Jaricot (1799-1862). Elle accueille chaque année des milliers de pèlerins venus du monde entier pour honorer la mémoire de cette figure originale et visionnaire de l’Église. À l’origine d’oeuvres spirituelles considérables, Pauline Jaricot a joué un rôle clé dans l’essor du mouvement missionnaire au XIXème siècle. Des centaines d’oeuvres de charité établies aujourd’hui dans plus de 140 pays du monde (écoles, orphelinats, dispensaires, etc.) continuent de bénéficier de son oeuvre.

La Maison de Lorette est un lieu de patrimoine et de culture. Sa date de construction, 1520, nous renvoie aux grandes heures de l’histoire culturelle lyonnaise, quand la ville s’affirmait dans l’Europe de la Renaissance comme une place forte de la liberté intellectuelle et de l’humanisme chrétien, ouverte à tous les arts et à tous les savoirs. Depuis sa rénovation en 2005, la Maison dévoile à ses visiteurs les nombreux trésors de son patrimoine (voie romaine, architecture renaissance, marqueterie, fresques en trompe-l’oeil, etc.) qui lui ont valu d’être inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

La Maison de Lorette est un lieu de réflexion sociale. Pauline Jaricot y a œuvré pour donner à la vertu de charité la forme particulière d’un combat pour la justice sociale. L’originalité de ses différents projets, que ce soit la création d’une banque sans intérêts pour les ouvriers ou d’une usine autogérée, fait d’elle une figure inspirante pour penser aujourd’hui les conditions d’une plus grande communion sociale ou politique. Dans les désordres du capitalisme industriel naissant, la riche demeure bourgeoise était devenue le cœur battant d’une utopie sociale catholique.

Au croisement des trois dimensions qui font la singularité du lieu, on retrouve l’idée d’utopie. Pas seulement parce que la maison « vend du rêve », mais parce que les deux grandes dates de son histoire sont marquées par de grandes aspirations, qui seront autant de boussoles dans notre exploration de la création et la réflexion contemporaines.

C’est l’apogée de la culture humaniste chrétienne de la Renaissance, dont Lyon est une capitale. Quatre ans plus tôt, Thomas More en condense les aspirations dans un livre génial, L’Utopie. Plus que l’invention d’un mot ou d’un genre littéraire, c’est l’invention d’une nouvelle fonction sociale de l’artiste et de l’écrivain, qui souligne la vocation émancipatrice de la culture : nous embarquer dans un voyage en utopie, non pas pour fuir, mais pour accéder plus efficacement au réel. C’est en séjournant un moment dans le « non-lieu » de l’art et de la pensée que nous devenons capables de saisir, au milieu des reflets, l’étrangeté de notre ici et de notre maintenant et que nous devenons suffisamment étrangers à nous-mêmes pour nous comprendre. Dans une époque où le présent semble plus que jamais enfoui sous le poids mort de ses représentations, nous voulons renouer avec cette conception utopiste, aventurière et émancipatrice de la culture.

C’est la première crise européenne du capitalisme industriel, marquée à Lyon par les révoltes des Canuts (1831 et 1834) et, en France, par l’essor du socialisme utopique, qui revalorise l’héritage des humanistes chrétiens pour inventer des modèles sociaux « alternatifs ». Moquée puis persécutée à cause de ses œuvres, Pauline Jaricot s’inscrit dans cette lignée utopiste en tant que « catholique alternative », inventant une forme d’engagement des laïcs qui révolutionne l’Église et inspire aujourd’hui de nombreux intellectuels catholiques. Dans cette période inquiétante où chacun s’habitude au story-telling de la « multiplication des crises », nous voulons faire vivre cet héritage pour lutter contre la résignation des intelligences et des sensibilités à l’absurde.

En nous appropriant ce mot d’utopie, nous ne voulons donc pas revendiquer un quelconque « droit de rêver » ou de nous évader dans les paradis artificiels de l’art et des idées. Nous affirmons simplement la nécessité de renouer avec l’action par la culture, pour ouvrir de nouvelles perspectives. Des superspectives !